CIR

Loi de finances 2026 : ce qui change pour la fiscalité de l'innovation

La loi de finances pour 2026, définitivement adoptée le 2 février 2026 via l'article 49.3 de la Constitution (texte adopté n° 227), ne bouleverse pas les fondamentaux de la fiscalité de l'innovation. Le CIR et le CII restent inchangés. Mais plusieurs prorogations, une refonte du C3IV et la création d'un nouveau statut - la JEII - modifient le paysage fiscal des entreprises innovantes. Décryptage des mesures à intégrer dès maintenant dans la pratique.

CIR, CII, JEI & IP Box : une stabilité confirmée

Le texte définitif ne contient aucune modification du crédit d'impôt recherche (CGI, art. 244 quater B), du crédit d'impôt innovation ni du régime IP Box (CGI, art. 238). Le cadre applicable reste celui issu de la LF 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025) : taux de frais de fonctionnement ramené à 40 %, suppression du dispositif jeune docteur, CII maintenu à 20 % dans la limite de 400 000 € jusqu'au 31 décembre 2027.

Cette stabilité mérite toutefois attention.

Plusieurs amendements discutés en séance n'ont pas été retenus dans la version soumise à l'article 49.3 : la conditionnalité anti-délocalisation du CIR (amendement n° I-2947), le calcul du CIR au niveau du groupe (amendement I-CF656) et l'intégration es dépenses en GPU/CPU pour le secteur IA (amendement n° I-2235). Ces propositions, bien que rejetées, traduisent une pression parlementaire récurrente. Elles reviendront probablement lors des prochains débats budgétaires.

Côté LFSS 2026, le relèvement du seuil de dépenses de R&D de 20 % à 25 % pour le statut JEI, initialement prévu à l'article 9 du PLFSS, n'a pas été retenu. Les parlementaires s'y sont opposés durant les débats (amendements n° 1691 et 2326). Le seuil reste à 20 % des charges fiscalement déductibles pour une JEI classique, tel qu'issu de la LFSS 2025.

JEII : un nouveau statut pour l'innovation à impact

La LF 2026 crée une nouvelle catégorie au sein du dispositif JEI : la jeune entreprise d'innovation à impact - JEII (LF 2026, art. 23 ; CGI, art. 44 sexies-0 A).

Les critères sont cumulatifs. L'entreprise doit remplir l'ensemble des conditions communes du statut JEI (PME, âge, détention du capital, indépendance) avec un seuil d'intensité de R&D compris entre 5% et 20% des charges fiscalement déductibles, contre 20 % minimum pour une JEI classique. Elle doit en outre satisfaire des critères liés à l'économie sociale et solidaire. Deux voies d'accès : la qualification d'entreprise solidaire d'utilité sociale au sens de l'article L. 3332-17-1 du code du travail, ou le respect des conditions fixées par la loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014 relative à l'ESS.

Côté société, la JEII bénéficie des mêmes avantages que la JEI classique :

  • exonérations de CFE et de taxe foncière sur les propriétés bâties pendant 7 ans (CGI, art. 1383 D et 1466 D),
  • exonérations de cotisations patronales d’assurances sociales (maladie, maternité, invalidité, décès, vieillesse) et d’allocations familiales
  • l'exonération d'impôt sur les bénéfices reste en revanche exclue pour les entreprises créées à compter du 1er janvier 2024.

Le statut JEII n'apporte donc pas d'avantage fiscal supplémentaire direct à la société par rapport au statut JEI classique.

L'intérêt du dispositif se situe côté investisseurs. La JEII ouvre droit à une réduction d'impôt sur le revenu spécifique au titre des souscriptions au capital (CGI, art. 199 terdecies-0 A ter). Le taux est fixé à 40 %, et les versements retenus dans la limite de 50 000€ pour les contribuables célibataires et 100 000€ pour les contribuables mariés ou pacsés soumis à une imposition commune.

En pratique, les entreprises éligibles seront probablement des structures hybrides : startups deeptech dans la santé, l'environnement ou l'éducation, répondant aux critères ESS par leur gouvernance ou leur objet social. Le dispositif reste encadré par une sunset clause : abrogation au 1er janvier 2029. Trois ans pour démontrer sa pertinence.

Les prorogations qui comptent : CICO, JEI, C3IV

CICO - Le crédit d'impôt en faveur de la recherche collaborative (CGI, art. 244 quater B bis) est prolongé de trois ans (LF 2026, art. 37). Il reste applicable aux dépenses facturées par des organismes de recherche dans le cadre de contrats conclus jusqu'au 31 décembre 2028. Le taux (40 %) et le plafond (6 M€ par an) demeurent inchangés.

JEI - Les exonérations de CFE et de taxe foncière sur les propriétés bâties (CGI, art. 1383 D et 1466 D) sont prolongées pour les entreprises créées jusqu'au 31 décembre 2028 (LF 2026, art. 40). Le périmètre fiscal du statut JEI reste toutefois restreint : l'exonération d'impôt sur les bénéfices ne s'applique plus aux JEI créées à compter du 1er janvier 2024. Seules les entreprises créées avant cette date peuvent encore en bénéficier tant qu'elles conservent la qualification.

C3IV - Le crédit d'impôt au titre des investissements en faveur de l'industrie verte (CGI, art. 244 quater I) fait l'objet d'une prorogation et d'une refonte substantielle (LF 2026, art. 39). Les projets agréés jusqu'en 2028 sont désormais éligibles. Principales évolutions :

  • Le taux de base passe de 20 % à 15 %. Des majorations s'appliquent en zones AFR : 20 % (art. 107§3(c) TFUE) et 35 % (art. 107§3(a) TFUE).
  • Le plafonnement est désormais apprécié par projet (et non plus par entreprise) : 150 M€ en droit commun, 200 M€ et 350 M€ dans les zones majorées.
  • La notion de projet est précisée : un ensemble cohérent de dépenses d'investissement poursuivant une finalité commune, pouvant être porté par une ou plusieurs entreprises.
  • La liste des opérations éligibles est actualisée pour couvrir la production de composants et de matières premières critiques, notamment les terres rares.
  • L'entrée en vigueur est subordonnée à la validation de la Commission européenne, par décret dans un délai maximal de trois mois.

Points de vigilance

Le Conseil constitutionnel, saisi du texte, a déjà rendu sa décision sans censurer les dispositions relatives au statut JEI. Plusieurs mesures restent cependant subordonnées à la validation de la Commission européenne, notamment le recentrage de la réduction Madelin sur les FCPI et le nouveau régime du C3IV. Les décrets d'application conditionneront les dates d'entrée en vigueur effectives.

La LF 2026 consolide le socle existant de la fiscalité de l'innovation sans le réformer en profondeur. Les mesures à retenir : les prorogations (CICO, JEI, C3IV), la refonte technique du C3IV et l'apparition de la JEII. L'enjeu immédiat reste la campagne déclarative CIR 2025, pour laquelle le cadre est désormais stabilisé.

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