PROCEDURE

Rescrit JEI : délais, accord tacite et dépôt tardif

Le rescrit JEI permet à une entreprise de sécuriser son éligibilité au statut de jeune entreprise innovante avant même de déposer sa liasse fiscale. Le mécanisme est attractif : en l'absence de réponse de l'administration dans un délai de trois mois, l'accord est réputé acquis. Mais cette garantie repose sur le respect strict de conditions de délai. Un dépôt tardif prive l'entreprise du bénéfice de l'acceptation tacite, comme l'a rappelé la CAA de Lyon dans un arrêt du 30 septembre 2021.

Cet article analyse le cadre juridique du rescrit JEI, ses implications pratiques - y compris en comparaison avec le rescrit CIR - et les points d'attention à intégrer après les récentes évolutions législatives.

Rescrit JEI : un mécanisme d'accord tacite encadré par l'article L. 80 B du LPF

Ce dispositif repose sur l'article L. 80 B, 4° du livre des procédures fiscales (LPF). Ce texte prévoit que l'administration dispose d'un délai de trois mois pour se prononcer sur l'éligibilité d'une entreprise au statut de JEI défini à l'article 44 sexies-0 A du code général des impôts (CGI). Si aucune réponse n'intervient dans ce délai, l'accord est réputé acquis (droit positif — art. L. 80 B, 4° du LPF, lien Légifrance).

Cette prise de position - explicite ou tacite - engage l'administration. Elle garantit que l'exonération d'impôt sur les bénéfices prévue à l'article 44 sexies A du CGI ne sera pas remise en cause ultérieurement, sous réserve que la situation réelle corresponde à celle décrite dans le dossier de rescrit (lien Légifrance).

Point essentiel : le rescrit JEI n'est pas obligatoire. Les entreprises qui estiment remplir les conditions des articles 44 sexies-0 A et 44 sexies A du CGI peuvent déposer leur déclaration de résultats en appliquant directement l'exonération, sans demande préalable. Le rescrit est un outil de sécurisation, pas un prérequis.

Condition de délai : le dépôt avant la date de liasse fiscale

La doctrine administrative précise que pour bénéficier de l'accord tacite, la demande doit parvenir à l'administration avant la date légale de dépôt de la déclaration de résultats (position de l'administration — BOI-SJ-RES-10-20-20-40, 07/11/2018, n° 70 et 80). Un dépôt postérieur à cette date ne peut pas générer d'acceptation tacite. L'administration ne peut alors être engagée que par une réponse expresse.

L'arrêt CAA de Lyon du 30 septembre 2021 : illustration concrète

La CAA de Lyon, 5ème chambre, 30/09/2021, n° 19LY01735 (lien Légifrance), apporte une illustration éclairante de cette règle.

Dans cette affaire, l'entreprise avait sollicité un rescrit postérieurement à la date d'expiration du délai de déclaration à l'impôt sur les sociétés. L'administration avait répondu en écartant la demande pour ce motif. L'entreprise soutenait qu'en l'absence d'examen au fond, la réponse de l'administration devait être regardée comme une acceptation tacite (interprétation juridictionnelle — CAA de Lyon, 30/09/2021, n° 19LY01735).

La Cour rejette cet argument. Elle confirme que la procédure de rescrit JEI ne peut être mise en œuvre que si la consultation est antérieure à la date d'expiration du délai de déclaration. Le dépôt tardif fait obstacle à la naissance d'une prise de position tacite, même si l'administration a répondu dans les trois mois suivant la réception du dossier. Le délai de trois mois ne commence à produire ses effets — au sens de l'accord tacite — que si la condition de dépôt préalable est remplie.

Implications pratiques : calendrier et comparaison avec le rescrit CIR

Rescrit JEI : un calendrier lié à la liasse fiscale

Pour une société à l'IS clôturant au 31 décembre N, la date limite de dépôt de la liasse fiscale est en principe le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai N+1 (soit autour du 3-4 mai). La demande de rescrit JEI doit parvenir à l'administration avant cette date. En pratique, pour laisser le temps au délai de trois mois de courir et obtenir un accord tacite avant le dépôt de la liasse, il est recommandé de déposer la demande au plus tard en janvier N+1.

Rescrit CIR : un délai plus contraignant de six mois

Le rescrit CIR obéit à une logique différente. L'article L. 80 B, 3° et 3° bis du LPF impose un dépôt au moins six mois avant la date limite de dépôt de la déclaration spéciale n° 2069-A-SD (droit positif — art. L. 80 B, 3° du LPF). Pour une société clôturant au 31 décembre N, la déclaration spéciale CIR est déposée avec le relevé de solde d'IS, soit au plus tard le 15 mai N+1. La demande de rescrit CIR doit donc être adressée au plus tard le 15 novembre N.

Pour les projets de recherche pluriannuels, ce délai de six mois s'apprécie par rapport à la date limite de dépôt de la première déclaration spéciale relative au projet (droit positif — art. L. 80 B, 3° bis du LPF).

Conséquence commune en cas de dépôt tardif

Que ce soit pour le rescrit JEI ou le rescrit CIR, un dépôt hors délai ne prive pas l'entreprise de toute garantie. L'administration peut toujours répondre expressément. Mais l'entreprise perd le bénéfice de l'accord tacite, ce qui la place dans une position plus fragile en cas de silence administratif.

Dans les deux cas, en cas de réponse défavorable expresse, l'entreprise peut solliciter un second examen dans un délai de deux mois, devant un collège dédié (droit positif - art. L. 80 CB du LPF, lien Légifrance).

Points d'attention et évolutions récentes

La loi de financement de la sécurité sociale pour 2025 (loi n° 2025-199 du 28 février 2025, art. 22) a relevé le seuil de dépenses de R&D requis pour le statut JEI de 15 % à 20 % des charges fiscalement déductibles. Cette modification est entrée en vigueur le 1er mars 2025 et s'applique à l'article 44 sexies-0 A du CGI. Le rehaussement du seuil rend la préparation du dossier de rescrit d'autant plus stratégique : une entreprise proche du seuil a tout intérêt à sécuriser son éligibilité en amont.

Par ailleurs, la loi de finances pour 2024 a créé la catégorie des JEIC (jeunes entreprises d'innovation et de croissance), ouverte aux entreprises dont les dépenses de R&D représentent entre 5 % et 15 % des charges, sous réserve de satisfaire à des indicateurs de performance économique. Ces entreprises bénéficient des mêmes avantages que les JEI. La procédure de rescrit leur est également applicable.

Enfin, l'article L. 80 B du LPF fait l'objet d'une abrogation différée (échéance au 1er septembre 2026), ce qui impose de suivre les évolutions législatives à venir sur le cadre juridique du rescrit.

Ce qu'il faut retenir

Le rescrit JEI est un outil de sécurisation puissant, mais conditionné au respect strict des délais de dépôt. L'accord tacite — principal avantage du dispositif — ne naît que si la demande précède la date de dépôt de la liasse fiscale. Le rescrit CIR obéit à une contrainte encore plus forte, avec un dépôt requis six mois avant la déclaration spéciale.

L'arrêt de la CAA de Lyon du 30 septembre 2021 rappelle que ces règles de calendrier ne sont pas de simples formalités : elles conditionnent l'existence même de la garantie. Les entreprises qui souhaitent bénéficier de la sécurité juridique offerte par ces dispositifs ont tout intérêt à anticiper leurs démarches, en tenant compte du rehaussement récent du seuil de R&D à 20 %.

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Pour aller plus loin : CAA de LYON, 5ème chambre, 30/09/2021, 19LY01735

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