CIR

Tâches connexes confiées à des tiers : la fin d'une insécurité fiscale

Confusion fréquente : Une PME de R&D confie à un prestataire externe la réalisation d'une partie significative de son projet de développement logiciel. Elle garde en interne le pilotage technique du projet, les tests d'intégration et la validation finale. Elle en déduit que le projet conserve son caractère de création interne au titre du CIR, avec la possibilité d'inclure les coûts du prestataire dans le cumul des dépenses de R&D interne pour le ratio Nexus. La délégation partielle du développement suffirait donc à conserver l'éligibilité interne du projet.

Règle applicable : Les tâches connexes confiées à des tiers constituent une opération d'acquisition externe de services de R&D à titre du CIR et au titre du régime IP Box. Cette qualification est indépendante du niveau de contrôle technologique ou de participation conservée par le donataire interne. Lorsqu'un tiers réalise une tâche que l'entreprise n'aurait pas pu réaliser en interne sans cette externalisation, celle-ci doit être qualifiée de "tâche connexe", c'est-à-dire d'acquisition externe.

Les tâches connexes confiées à des tiers sont une acquisition externe de R&D

L'article 244 quater B du Code général des impôts (modifié par la loi de finances 2020) a radicalement changé la qualification des tâches connexes. Avant cette modification, une entreprise pouvait déclarer en R&D interne des projets pour lesquels elle avait confié à des tiers l'exécution de tâches importantes, à condition qu'elle en conserve le pilotage. Cette interprétation permettait de gonfler artificiellement le dénominateur du ratio Nexus sans tenir compte de la délégation.

La nouvelle réglementation classe les tâches connexes en acquisitions externes directement. Une "tâche connexe" recouvre toute opération de sous-traitance, de délégation, ou de recours à un tiers pour la réalisation d'une partie du développement. Le montant facturé par le tiers doit être intégré en acquisition externe.

La participation interne conservée n'a aucune incidence sur cette qualification. Même si l'entreprise conserve l'intgralité du pilotage, du contrôle technologique, des tests et de la validation, dès lors qu'un tiers réalise une partie quelconque de la tâche, celle-ci doit être qualifiée d'acquisition externe. Cette règle répond à un objectif : empêcher les entreprises de sous-estimer l'incidence de l'externalisation sur leur ratio Nexus.

Les tâches "de coordination" sont également visées

L'administration a précisé sa position en 2020 et a étendu la notion de "tâches connexes" aux opérations dans lesquelles l'entreprise ne fait que "coordonner" le travail d'un tiers sans l'exécuter elle-même. Cette extension couvre les scénarios suivants :

  • Externalisations complètes avec participation interne minée : L'entreprise confie l'ensemble de la R&D à un prestataire externe. Elle se concentre sur la validation finale et les tests d'intégration. Les dépenses du prestataire constituent une acquisition externe, pas une dépense de R&D interne.
  • Recours à des experts externes ponctuels : L'entreprise recrute ponctuellement des experts externes pour réaliser des tâches spécifiques (par exemple, une expertise en sécurité informatique, un audit technique). Ces recours constituent des acquisitions externes.
  • Travail collaboratif avec plusieurs entreprises : Deux entreprises collaborent sur un projet commun et répartissent les tâches. Les montants payés par chaque partie au tiers représentent des acquisitions externes, même en cas de participation technique commune.

La distinction interne/externe devient plus claire mais plus contraignante

L'ancienne jurisprudence tolérait une certaine flexibilité sur le caractère interne ou externe d'une tâche. La nouvelle réglementation supprime cette flexibilité. Une règle empirique simple s'impose : si une facture d'un prestataire externe pour une tâche de R&D existe, la tâche doit être classée en acquisition externe.

Cette règle répond à des préoccupations légitimes :

  • Transparence des comptes : L'administration souhaite que les dépenses externalisées soient explicitement reconnues comme telles dans les comptabilités analytiques. Les factures de prestataires externes fournissent une trace évidente.
  • Prévention de l'inflation du dénominateur : La qualification sysématique en acquisition externe empêche les entreprises de gonfler artificiellement le cumul de R&D interne en recourant à des prestataires facturés.
  • Cohérence avec la notion de "created in house" : Le régime IP Box exige que les actifs soient "created in house" pour bénéficier du taux réduit avec un ratio Nexus favorable. L'externalisation de tâches ménage cette cohérence en conséquence.

Conséquences pratiques pour le ratio Nexus

La qualification d'une tâche en acquisition externe accélère la croissance du numérateur du ratio Nexus et ralentit la croissance du dénominateur. Cela réduit mécaniquement le coefficient appliqué aux revenus de propriété intellectuelle.

Exemple : Une entreprise prévoit 10 millions d'euros de dépenses de R&D. Elle projette de réaliser 6 millions en interne et 4 millions en sous-traitance. Son ratio initial serait (4/6) = 66,6 %. Avec la nouvelle réglementation, le calcul devient (4/6), soit le même ratio. En première lecture, la classification ne change rien. Mais en pratique, le dénominateur (interne) reste minoré parce que l'externalisation réduit par nature les dépenses internes correspondantes.

Cette contrainte pousse les entreprises à intérioriser un maximum de tâches plutt que de les externaliser, sauf si un "nexus adjustment" les y autorise (exemples : recours à des experts externes non disponibles en interne, acquisitions externes justifiées par des brevets existants).

Points de vigilance : documentation des tâches connexes

Le dossier technique CIR et IP Box doit clairement distinguer les tâches internes des tâches connexes. Les abus sont frappants. Trop d'entreprises classent en R&D interne l'intégralité d'un projet alors qu'elles ont sous-traité 50 % des dépenses.

L'administration vérifie cette distinction en confrontant :

  • Les contrats avec les prestataires externes (définissant le périmètre de la sous-traitance) ;
  • Les factures (montrant les dépenses externalisées) ;
  • La comptabilité analytique (identifiant les coûts alloués à chaque ressource) ;
  • Les "timesheets" ou preuve d'activité du personnel interne (démontrant les heures consacrées en interne).

Une contradiction entre le dossier technique et les factures factures peut entraîner un redressement complet. Si le dossier technique déclare 100 % de R&D interne alors que les factures externe montrent 30 % de sous-traitance, l'ensemble du projet peut être reclassifié en acquisition externe.

Conclusion

Les tâches connexes confiées à des tiers constituent des acquisitions externes au titre du CIR et du régime IP Box. La participation interne conservée dans le pilotage ou le contrôle technologique n'a aucune incidence sur cette classification.

Règle à retenir : La distinction R&D interne / acquisitions externes repose sur un critère factuel simple : si une facture d'un tiers pour une tâche de développement existe, la tâche doit être classée en acquisition externe. Cette règle s'applique indépendamment du niveau de participation ou de contrôle conservé en interne. Elle répond à l'objectif de transparence des comptes et de prévention de l'inflation du dénominateur du ratio Nexus.

--

Sources : Article 244 quater B du CGI ; Commentaires BOI-BIC-REGIME-IP-BOX-20-30-10

D'autres ressources

D’autres contenus pourraient vous être utiles

Retour sur MyFi

Échangeons et obtenez un premier avis sur votre situation.