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Remboursement du CIR et du CII : le guide complet pour obtenir votre créance

Guide complet sur le remboursement du CIR et du CII : mécanisme juridique, profils éligibles au remboursement immédiat, relances, préfinancement Dailly, intérêts moratoires et contentieux devant le tribunal administratif.
Sommaire

Votre société a déclaré un Crédit d'Impôt Recherche (CIR) ou un Crédit d'Impôt Innovation (CII). Les formulaires 2069-SD et 2573 sont déposés, les montants sont calculés, le dossier est envoyé. Puis les mois passent. Le Service des Impôts des Entreprises (SIE) ne répond pas, ou demande des pièces supplémentaires sans calendrier clair. La trésorerie, elle, n'attend pas. Selon les retours de terrain, les délais réels de remboursement dépassent régulièrement les six mois légaux, parfois de plus d'un an. Ce guide détaille les mécanismes juridiques du remboursement, les profils d'entreprises éligibles au remboursement immédiat, et les leviers concrets pour récupérer votre créance quand l'administration tarde.

Comment fonctionne le remboursement du CIR et du CII

Le mécanisme de remboursement du CIR et du CII repose sur les articles 199 ter B et 220 B du Code général des impôts (CGI). Le crédit d'impôt est d'abord imputé sur l'impôt sur les sociétés (IS) dû au titre de l'exercice au cours duquel les dépenses éligibles ont été engagées. Si le crédit d'impôt excède l'IS dû, l'excédent constitue une créance sur l'État.

Imputation, report et restitution : le parcours de la créance

En régime de droit commun, cette créance suit un parcours en deux temps. Elle est d'abord utilisable pour le paiement de l'IS dû au titre des trois années suivant celle au titre de laquelle elle est constatée. À l'expiration de ce délai de trois ans, la fraction non utilisée est remboursée. Concrètement, une créance de CIR constatée au titre de l'exercice 2023 peut être imputée sur l'IS de 2024, 2025 et 2026. Si elle n'est pas entièrement consommée à l'issue de l'exercice 2026, le solde est restitué.

Ce mécanisme d'imputation quadriennale est le régime par défaut. Il concerne les entreprises qui ne remplissent pas les conditions du remboursement immédiat. En pratique, la plupart des PME qui déclarent du CIR ou du CII n'ont pas à attendre trois ans : elles relèvent du remboursement immédiat.

Qui a droit au remboursement immédiat ?

L'article 199 ter B du CGI prévoit quatre catégories d'entreprises éligibles au remboursement immédiat de leur créance de CIR ou de CII. Ce remboursement intervient dès le dépôt de la demande, sans attendre le cycle triennal d'imputation.

Les PME au sens du droit de l'Union européenne constituent la première catégorie. Le critère est celui de l'annexe I du règlement (UE) n° 651/2014 : moins de 250 salariés, et soit un chiffre d'affaires annuel n'excédant pas 50 millions d'euros, soit un total de bilan n'excédant pas 43 millions d'euros. Les entreprises liées ou partenaires au sens du règlement doivent consolider leurs effectifs et seuils financiers.

Les Jeunes Entreprises Innovantes (JEI) au sens de l'article 44 sexies-0 A du CGI constituent la deuxième catégorie. Depuis la réforme du CIR et du CII en 2025, le périmètre du statut JEI a été remanié, avec une augmentation du seuil de dépenses de R&D à 20 %.

Les entreprises nouvelles forment la troisième catégorie. Elles peuvent demander le remboursement immédiat des créances constatées au titre de l'année de création et des quatre années suivantes.

Enfin, les entreprises en difficulté, c'est-à-dire celles qui font l'objet d'une procédure de conciliation, de sauvegarde, de redressement judiciaire ou de liquidation judiciaire, bénéficient également du remboursement immédiat. Pour ces entreprises, le remboursement rapide de la créance est souvent une condition de survie ou de réussite du plan de restructuration.

Pourquoi le remboursement prend des mois (ou des années)

Le droit prévoit un remboursement immédiat. La réalité administrative est autre.

Le parcours d'une demande de remboursement suit trois étapes successives. Le formulaire 2573-SD est d'abord réceptionné par le SIE compétent, qui enregistre la réclamation. Le SIE transmet ensuite le dossier au service contentieux de la direction départementale ou régionale des finances publiques, chargé de l'instruction juridique et financière. Si le service instructeur estime nécessaire de vérifier l'éligibilité scientifique ou technique des travaux déclarés, il saisit un expert du Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche (MESR). Cette expertise peut prendre plusieurs mois, sans que l'entreprise en soit informée ni consultée.

L'article R*198-10 du LPF fixe à six mois le délai global d'instruction de la réclamation. Ce délai court à compter de la réception du formulaire par le SIE, et il n'est pas suspendu par la saisine du MESR. Autrement dit, les transferts internes entre services et l'attente de l'expertise technique s'imputent sur les six mois. En pratique, ce délai est rarement tenu.

À ce parcours normal s'ajoute un facteur de retard supplémentaire : le contrôle sur pièces. L'administration peut, à l'occasion de l'instruction, engager un contrôle de la déclaration de CIR sous forme d'une demande de renseignements (article L10 du LPF) ou, plus rarement, d'un examen de comptabilité. Ce contrôle allonge mécaniquement les délais sans interrompre ni suspendre le délai de six mois de l'article R*198-10.

Le point à retenir : si le SIE invoque l'attente de l'expertise MESR ou la durée du contrôle sur pièces pour justifier le dépassement du délai de six mois, sans avoir notifié de prolongation au contribuable, le rejet implicite est acquis et les intérêts moratoires courent. Le résultat concret pour les entreprises qui comptaient sur ce remboursement : une trésorerie bloquée, des embauches gelées, et parfois une menace directe sur la continuité d'exploitation.

Le formulaire 2573-SD est une réclamation contentieuse

Ce point est technique mais déterminant. La demande de remboursement immédiat déposée via le formulaire 2573-SD n'est pas une simple demande administrative. Elle constitue une réclamation contentieuse au sens des articles R.196-1 et suivants du LPF. Cette qualification emporte des conséquences juridiques que le SIE ne rappelle pas spontanément.

Première conséquence : le délai de réclamation du CIR est encadré. L'article R.196-1 du LPF impose que la réclamation soit présentée au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle du versement de l'impôt contesté ou, selon le cas, de la réalisation de l'événement qui motive la réclamation. Pour le CIR, le point de départ correspond à la date du relevé de solde d'IS.

Deuxième conséquence : l'administration dispose de six mois pour statuer (article R.198-10 du LPF). Si elle estime ne pas pouvoir respecter ce délai, elle doit notifier au contribuable un délai complémentaire, qui ne peut excéder trois mois. Précisons que ce délai n'est pas contraignant !

Troisième conséquence : à l'expiration du délai de six mois (ou neuf mois en cas de prolongation notifiée), le silence de l'administration vaut rejet implicite de la réclamation. Ce rejet implicite ouvre au contribuable la possibilité de saisir le tribunal administratif, sans qu'un nouveau délai de deux mois lui soit opposable.

L'entreprise peut aussi déposer une nouvelle réclamation, tant que le délai général de réclamation n'est pas expiré.

Le point à retenir : la réclamation fiscale fixe le plafond de la demande que le juge pourra accorder. Si la réclamation initiale comporte une erreur de montant ou une omission d'exercice, le tribunal ne pourra pas aller au-delà de ce qui a été demandé. La rédaction du 2573-SD mérite donc une attention particulière.

Les relances : une stratégie à calibrer dans le temps

Quand le SIE ne répond pas dans les délais, plusieurs leviers existent pour accélérer le traitement. Leur efficacité dépend du profil du dossier et de la relation avec le service.

Le contact direct avec l'agent en charge du dossier, quand il est identifié, reste le levier le plus rapide. Un appel ou un courriel permet d'obtenir un état d'avancement et d'anticiper les demandes de pièces complémentaires.

Si aucun interlocuteur n'est identifié, la messagerie sécurisée de l'espace professionnel sur impots.gouv.fr permet de formaliser une relance officielle auprès du SIE voire de prendre un rendez-vous.

En cas de blocage persistent, le service d'accompagnement fiscal des PME, mis en place par la DGFiP, constitue un deuxième levier. Ce service n'a pas de pouvoir décisionnel sur les réclamations, mais il peut intervenir pour relancer les services compétents et faciliter la communication. Les retours d'expérience sont globalement positifs sur ce canal. La liste des services régionaux est disponible sur impots.gouv.fr.

Le conciliateur fiscal départemental intervient en troisième ligne. Son rôle est de résoudre les litiges par voie amiable, notamment en cas de traitement excessivement long d'une demande. Son pouvoir est limité (il ne peut pas ordonner un remboursement), mais sa saisine formalise le différend et peut débloquer un dossier enlisé. Les retours d'expérience sur ce canal sont plus mitigés.

La stratégie recommandée : contacter le SIE directement dès le quatrième mois, et réserver le service d'accompagnement PME oule conciliateur fiscal aux situations de blocage persistant au-delà de six mois.

Chaque relance doit être documentée par écrit (courriel, messagerie sécurisée, courrier recommandé). Cette traçabilité est indispensable pour deux raisons : d'une part, elle constitue un élément de preuve en cas de contentieux ultérieur ; d'autre part, elle permet de formaliser la date à partir de laquelle l'entreprise a sollicité l'administration, ce qui peut influencer l'appréciation du juge sur le caractère fautif du retard.

Préfinancer sa créance sans attendre l'État

Quand le remboursement tarde et que la trésorerie ne peut pas attendre, une alternative existe : la mobilisation de la créance de CIR auprès d'un établissement financier.

La cession Dailly, organisée par les articles L313-23 à L313-35 du Code monétaire et financier (CMF), permet à une entreprise de céder sa créance de CIR à un établissement de crédit. La banque ou un fonds de titrisation verse immédiatement une avance correspondant à un pourcentage de la créance, généralement entre 80 % et 90 %, en échange d'un bordereau de cession. Bpifrance propose ce type de préfinancement via son offre dédiée aux créances de CIR.

Le montage repose sur la certitude de la créance : l'entreprise doit avoir déposé sa déclaration 2069-A-SD et disposer d'un dossier justificatif solide. L'établissement cessionnaire prend un risque résiduel sur le montant effectivement remboursé par l'administration, ce qui explique la décote appliquée. En cas de remise en cause partielle du CIR par l'administration (suite à un contrôle ou une expertise MESR), le cédant reste tenu de garantir le cessionnaire à hauteur du différentiel.

Le coût de l'opération varie selon l'établissement et le profil de risque de l'entreprise. Il se situe typiquement entre 2 % et 5 % du montant de la créance. Ce coût est à mettre en regard du manque à gagner lié à l'immobilisation de la trésorerie pendant des mois, voire des années.

Un point juridique mérite attention : la cession de créance et les intérêts moratoires. Lorsqu'une créance de CIR est cédée par voie de bordereau Dailly, la question se pose de savoir qui peut réclamer les intérêts moratoires en cas de remboursement tardif par l'administration. La cession de la créance principale n'emporte pas automatiquement cession du droit aux intérêts moratoires, sauf stipulation contraire dans le bordereau. Ce point doit être anticipé lors de la rédaction du bordereau de cession.

Intérêts moratoires : le levier financier sous-exploité

Le remboursement tardif d'une créance de CIR ou de CII ouvre droit au versement d'intérêts moratoires en application de l'article L208 du LPF. Ce mécanisme est peu connu des dirigeants et rarement invoqué spontanément.

Les intérêts moratoires courent à compter de l'expiration du délai de six mois suivant la réception de la réclamation par l'administration. Leur taux est aligné sur celui de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du CGI, soit 0,20 % par mois (2,40 % par an). Les intérêts sont calculés au jour le jour jusqu'à la date effective du remboursement. Ils ne se capitalisent pas.

Sur une créance de 500 000 euros remboursée avec un an de retard au-delà du délai de six mois, les intérêts moratoires sur créance de CIR représentent 12 000 euros. Sur deux ans de retard, 24 000 euros. Ces montants ne sont pas négligeables, et l'administration ne les verse pas spontanément : il faut en faire la demande, sous forme d'une réclamation préalable contentieuse distincte.

Le droit aux intérêts moratoires est acquis dès lors que le remboursement intervient après l'expiration du délai de six mois, sans que le contribuable ait à démontrer une faute de l'administration. C'est un droit objectif lié au retard, pas une indemnisation.

Lorsque la créance a été cédée, le point de départ des intérêts moratoires n'est pas décalé : il reste fixé à la date d'expiration du délai de six mois suivant la réclamation initiale, indépendamment de la date de la cession.

La demande d'intérêts moratoires doit être formalisée par une réclamation préalable contentieuse distincte de la demande de remboursement initiale. Le contribuable indique le montant de la créance remboursée, la date de réception de la réclamation par le SIE, la date effective du remboursement, et le calcul des intérêts sur la base du taux de 0,20 % par mois. Si l'administration refuse, le contribuable dispose des mêmes voies de recours que pour la créance principale : rejet implicite à six mois, puis saisine du TA.

En termes de montants, sur un portefeuille de plusieurs créances de CIR portant sur des exercices successifs, les intérêts moratoires cumulés peuvent représenter des sommes significatives. Une entreprise qui déclare chaque année un CIR de 300 000 euros et subit un retard systématique de douze mois au-delà du délai de six mois accumule 7 200 euros d'intérêts par exercice, soit 36 000 euros sur cinq exercices. Ce montant justifie une réclamation dédiée.

Contentieux devant le tribunal administratif : quand et comment saisir le juge

Quand la réclamation est implicitement ou explicitement rejetée et que les relances amiables n'aboutissent pas, reste la saisine du tribunal administratif (TA).

Le TA compétent est celui dans le ressort duquel se trouve le service qui a instruit la réclamation. En cas de décision expresse de rejet, la requête doit être introduite dans un délai de deux mois à compter de sa notification. En cas de rejet implicite (silence de six mois), aucun délai de recours n'est opposable : le contribuable peut saisir le juge à tout moment tant que l'administration n'a pas notifié de décision expresse.

Cette voie reste un dernier recours. Les délais de jugement devant les TA en matière fiscale se comptent en mois, parfois en années, et rien ne garantit que l'introduction d'une requête accélère le traitement du remboursement. En pratique, il arrive que le service instructeur procède à un dégrèvement après la saisine du juge, pour éviter une condamnation aux intérêts moratoires et aux frais irrépétibles. Mais ce scénario reste aléatoire et ne doit pas être la motivation première du recours.

Le référé-provision peut constituer une option lorsque la créance est difficilement contestable. Le juge des référés peut alors ordonner le versement d'une provision correspondant au montant de la créance dans un délai de quelques semaines. En pratique, le CIR et le CII sont rarement des créances « non sérieusement contestables » au sens de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : l'administration dispose de nombreux moyens pour remettre en cause l'éligibilité des travaux ou le calcul de l'assiette. Le risque de rejet de la demande de provision est réel. L'intérêt du référé-provision réside alors moins dans son aboutissement que dans le signal qu'il envoie : la saisine du juge des référés peut inciter le service instructeur à accélérer le traitement du dossier.

La responsabilité de l'État pour faute constitue une piste distincte, réservée aux situations exceptionnelles où le retard de remboursement cause un préjudice autonome, distinct des intérêts moratoires, par exemple le coût d'un financement relais documenté ou la perte d'une opportunité d'investissement. Cette voie reste marginale en contentieux fiscal et suppose de démontrer à la fois la faute (retard anormalement long), le préjudice et le lien de causalité.

Quelle que soit l'alternative retenue, la constitution du dossier contentieux est déterminante. La requête doit contenir l'exposé des faits (dépôt de la réclamation, absence de réponse ou rejet, relances), les moyens de droit et les conclusions chiffrées (montant de la créance, intérêts moratoires, frais irrépétibles au titre de l'article L761-1 du code de justice administrative).

FAQ

Quel est le délai légal de remboursement du CIR pour une PME ?

L'administration dispose de six mois à compter de la réception de la demande (formulaire 2573-SD) pour instruire et rembourser la créance (article R*198-10 du LPF). Ce délai peut être prolongé de trois mois si le SIE notifie un délai complémentaire avant l'expiration des six mois.

Mon entreprise est une JEI : ai-je droit au remboursement immédiat du CIR ?

Oui. Les JEI au sens de l'article 44 sexies-0 A du CGI bénéficient du remboursement immédiat de leur créance de CIR et de CII, sans attendre le cycle triennal d'imputation prévu par l'article 199 ter B du CGI.

Peut-on céder sa créance de CIR à une banque ou un fonds ?

Oui, via le mécanisme de cession Dailly prévu aux articles L313-23 à L313-35 du Code monétaire et financier. L'entreprise cède sa créance à un établissement de crédit contre une avance immédiate, généralement comprise entre 80 % et 90 % du montant.

Que se passe-t-il si l'administration ne répond pas dans les six mois ?

Le silence vaut rejet implicite de la réclamation. Ce rejet ouvre au contribuable la possibilité de saisir le tribunal administratif sans délai de recours opposable, ou de déposer une nouvelle réclamation dans les limites du délai général de réclamation.

Les intérêts moratoires sont-ils automatiques en cas de remboursement tardif ?

Le droit aux intérêts moratoires est acquis dès que le remboursement intervient après le délai de six mois (article L208 du LPF). Mais l'administration ne les verse pas spontanément : une demande spécifique, sous forme de réclamation préalable contentieuse, est nécessaire.

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