CIR

Aides à l'embauche : déductibles du CIR ?

Les aides à l'embauche ne se déduisent pas de l'assiette du crédit d'impôt recherche, même lorsque les salariés concernés travaillent sur des projets de R&D. Cette clarification favorable préserve la base fiscale des entreprises innovantes qui mobilisent des alternants, des demandeurs d'emploi ou des travailleurs handicapés sur leurs opérations de recherche. Le rescrit BOI-RES-BIC-000153 du 23 janvier 2025 met fin à une incertitude qui conduisait certaines entreprises à déduire par prudence ces aides génériques, réduisant ainsi leur assiette CIR. Seules les aides affectées spécifiquement à la recherche, comme les conventions CIFRE, restent déductibles de l'assiette du crédit d'impôt recherche.

Contexte du rescrit : clarification d'une zone grise

Avant janvier 2025, le traitement fiscal des aides à l'embauche dans le calcul du crédit d'impôt recherche créait une incertitude significative pour les entreprises innovantes. L'article 244 quater B, III du Code général des impôts impose de déduire de l'assiette du CIR les subventions publiques reçues à raison des opérations de recherche. Cette formulation générique laissait planer un doute sur le périmètre exact des aides concernées. Les entreprises qui employaient des alternants ou des personnes en contrat aidé sur des projets de R&D s'interrogeaient sur la nécessité de déduire les aides à l'embauche correspondantes.

Cette incertitude conduisait à des pratiques divergentes. Certaines entreprises, conseillées prudemment, déduisaient systématiquement toutes les aides publiques perçues, y compris les aides à l'embauche, dès lors que les salariés concernés participaient à des travaux de R&D. Cette approche réduisait significativement leur assiette CIR et leur crédit d'impôt final. D'autres entreprises considéraient que seules les aides explicitement conditionnées à la réalisation d'opérations de recherche devaient être déduites, et excluaient les aides à l'embauche du calcul. Cette divergence d'interprétation créait une insécurité juridique lors des contrôles fiscaux.

Le rescrit du 23 janvier 2025 clarifie définitivement cette question en adoptant une position favorable aux entreprises. L'administration fiscale confirme que les aides à l'embauche poursuivent un objectif social ou territorial distinct de l'objectif de financement de la recherche. Ces aides ne doivent donc pas être déduites de l'assiette du CIR, indépendamment de l'affectation effective des salariés concernés aux projets de R&D. Cette clarification sécurise juridiquement les entreprises innovantes et évite une double pénalisation qui aurait réduit à la fois leur aide à l'embauche et leur avantage fiscal recherche.

Principe de déduction des subventions : objet versus usage effectif

L'article 244 quater B, III du Code général des impôts établit le principe général de déduction des subventions publiques pour éviter un double financement par l'État. Une entreprise ne peut simultanément bénéficier d'une subvention publique pour financer un projet de recherche et déclarer les mêmes dépenses au titre du crédit d'impôt recherche. Cette règle assure la cohérence du soutien public à l'innovation et prévient les effets d'aubaine.

La difficulté pratique tient à la distinction entre les aides déductibles et les aides exclues de cette obligation. Le rescrit apporte une réponse claire en introduisant un critère d'affectation spécifique. L'administration examine l'objet juridique de l'aide tel qu'il résulte de ses textes constitutifs, et non l'usage effectif qui en est fait par l'entreprise bénéficiaire. Une aide est déductible si son objet consiste à financer des opérations de recherche et développement. Elle reste exclue de la déduction si son objet poursuit une finalité différente, même si les salariés ou projets concernés relèvent effectivement de la R&D.

Cette distinction objet-usage évite d'analyser chaque aide au cas par cas selon l'affectation réelle du personnel ou des dépenses. Elle garantit une application uniforme de la règle de déduction et simplifie considérablement la gestion déclarative pour les entreprises. Un alternant peut travailler intégralement sur des projets de R&D, mais l'aide qui finance son embauche vise l'insertion professionnelle des jeunes, pas le financement de travaux de recherche. L'aide à l'alternance reste donc exclue de la déduction, quelle que soit l'affectation effective de l'alternant aux opérations de R&D de l'entreprise.

Aides exclues de la déduction : périmètre précis

Le rescrit du 23 janvier 2025 liste explicitement les catégories d'aides à l'embauche qui ne doivent pas être déduites de l'assiette du crédit d'impôt recherche. Les aides forfaitaires à l'alternance, versées pour encourager l'embauche d'apprentis ou de salariés en contrat de professionnalisation, restent exclues de la déduction. Ces dispositifs poursuivent un objectif d'insertion professionnelle des jeunes et de développement de l'apprentissage, distinct du financement de la recherche. Une entreprise qui emploie trois apprentis ingénieurs sur des projets de R&D ne déduit pas les aides à l'alternance perçues, même si ces apprentis contribuent effectivement aux travaux de recherche.

Les contrats aidés destinés aux demandeurs d'emploi suivent le même traitement. Les aides versées pour favoriser l'embauche de personnes éloignées de l'emploi poursuivent un objectif de politique sociale et d'insertion professionnelle. Elles restent exclues de la déduction du CIR même lorsque les salariés concernés travaillent sur des opérations de recherche. Cette exclusion s'applique aux différents dispositifs de contrats aidés mis en place par les pouvoirs publics pour réduire le chômage.

Les dispositifs spécifiques favorisant l'emploi de travailleurs handicapés entrent également dans le périmètre des aides exclues. Les aides versées au titre de l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés ou des aménagements de poste poursuivent un objectif d'inclusion et de compensation du handicap. Elles ne visent pas à financer des opérations de recherche et restent donc exclues de la déduction du CIR, indépendamment de l'affectation des salariés handicapés aux projets de R&D.

Les aides territoriales liées à l'implantation dans des zones économiques prioritaires complètent cette liste. Les exonérations ou aides accordées pour favoriser le développement économique de territoires spécifiques poursuivent un objectif d'aménagement du territoire. Une entreprise qui s'implante dans une zone de revitalisation rurale et perçoit des aides territoriales ne les déduit pas de son assiette CIR, même si son activité porte majoritairement sur la recherche et développement.

Cette exclusion systématique des aides à l'embauche préserve la base fiscale des entreprises innovantes. Sans cette clarification, une entreprise qui percevrait 15 000 euros d'aides à l'alternance pour trois apprentis en R&D devrait déduire ce montant de son assiette CIR, réduisant son crédit d'impôt de 4 500 euros. Le rescrit confirme que cette déduction n'a pas lieu d'être, sécurisant ainsi le niveau d'aide fiscale obtenu.

Aides qui restent déductibles : conditionnalité recherche

À l'inverse des aides génériques à l'embauche, les aides explicitement conditionnées à la réalisation d'opérations de recherche doivent obligatoirement être déduites de l'assiette du crédit d'impôt recherche. Cette catégorie regroupe les dispositifs dont l'objet juridique consiste précisément à financer des travaux de R&D.

Les conventions CIFRE constituent l'exemple type d'aide déductible. Le dispositif CIFRE, géré par l'Association nationale de la recherche et de la technologie, finance l'embauche d'un doctorant par une entreprise pour réaliser une thèse en collaboration avec un laboratoire de recherche public. L'aide est explicitement conditionnée à la réalisation d'un projet de recherche doctoral et au respect d'un cahier des charges scientifique. Son objet vise directement le financement d'opérations de recherche. L'entreprise qui bénéficie d'une convention CIFRE doit déduire le montant de la subvention perçue de son assiette CIR. Cette déduction évite un double financement public du même projet doctoral, d'une part par la subvention CIFRE et d'autre part par le crédit d'impôt recherche.

Les financements collaboratifs de projets de recherche entrent dans la même catégorie. Les aides versées par l'Agence nationale de la recherche pour des projets collaboratifs, les financements de Bpifrance conditionnés à la réalisation d'innovations technologiques, ou les subventions européennes de recherche comme les programmes Horizon doivent tous être déduits de l'assiette du CIR. Ces dispositifs financent directement des opérations de recherche identifiées et contractualisées. Leur déduction de l'assiette CIR découle mécaniquement de l'application du principe général de l'article 244 quater B, III du CGI.

Les aides régionales fléchées vers la recherche et développement suivent la même logique. Une région qui attribue une subvention pour financer un projet d'innovation spécifique, conditionne explicitement son aide à la réalisation d'opérations de R&D. Cette aide entre dans le périmètre déductible. En revanche, une aide régionale générique à l'emploi ou à l'implantation, même versée à une entreprise innovante, reste exclue de la déduction.

Le rescrit confirme indirectement ce traitement des aides conditionnées à la recherche en excluant uniquement les aides génériques de l'obligation de déduction. Cette confirmation implicite sécurise la pratique établie et évite toute ambiguïté sur le traitement fiscal des dispositifs explicitement orientés recherche.

Impact pratique : exemple chiffré d'une entreprise avec alternants

Un exemple concret illustre l'impact favorable du rescrit sur le calcul du crédit d'impôt recherche. Une PME innovante emploie trois apprentis ingénieurs en contrat d'alternance, affectés intégralement à ses projets de R&D. Chaque apprenti perçoit une rémunération annuelle brute de 24 000 euros, générant une base de dépenses de personnel CIR de 72 000 euros pour les trois apprentis. L'entreprise perçoit par ailleurs 15 000 euros d'aides à l'alternance versées par l'État pour favoriser l'embauche de ces trois apprentis.

Avant le rescrit de janvier 2025, l'incertitude sur le traitement de ces aides conduisait à deux approches divergentes. Une approche prudente déduisait les 15 000 euros d'aides de l'assiette du CIR. Les dépenses de personnel éligibles s'établissaient alors à 57 000 euros, auxquels s'appliquaient les frais de fonctionnement au taux de 43%, portant la base totale à 81 510 euros. Le crédit d'impôt obtenu s'élevait à 24 453 euros. Une approche plus offensive excluait ces aides de la déduction en considérant qu'elles ne finançaient pas spécifiquement la R&D. Les dépenses de personnel restaient à 72 000 euros, la base totale atteignait 102 960 euros avec frais de fonctionnement, générant un crédit d'impôt de 30 888 euros. L'écart entre les deux approches atteignait 6 435 euros de crédit d'impôt.

Le rescrit du 23 janvier 2025 valide définitivement la seconde approche. Les 15 000 euros d'aides à l'alternance ne se déduisent pas de l'assiette du CIR. L'entreprise conserve une base de 72 000 euros de dépenses de personnel, portée à 102 960 euros avec frais de fonctionnement, et obtient 30 888 euros de crédit d'impôt. Cette clarification sécurise juridiquement un gain de 6 435 euros par rapport à l'approche prudente qui prévalait avant le rescrit. Pour une entreprise qui emploie régulièrement des alternants sur ses projets de R&D, ce gain se reproduit chaque année et peut représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros sur une période pluriannuelle.

Cet exemple démontre l'impact concret du rescrit sur la trésorerie et la rentabilité des projets de R&D. Les entreprises qui avaient adopté l'approche prudente peuvent réviser leur stratégie déclarative pour les exercices futurs et bénéficier pleinement de leur assiette CIR sans déduction des aides à l'alternance. Celles qui avaient déjà exclu ces aides obtiennent une sécurisation juridique de leur pratique déclarative, réduisant significativement le risque de redressement lors d'un contrôle fiscal.

Déclaration pratique : tri des aides sur le formulaire 2069-A-SD

La déclaration du crédit d'impôt recherche sur le formulaire 2069-A-SD doit refléter la distinction établie par le rescrit entre aides déductibles et aides exclues. Les entreprises doivent ventiler avec précision les différentes catégories d'aides publiques perçues et appliquer le traitement fiscal approprié à chacune.

Les aides à déduire obligatoirement de l'assiette comprennent les conventions CIFRE pour leur montant annuel, les financements de projets collaboratifs versés par l'Agence nationale de la recherche ou par des organismes européens, les aides Bpifrance explicitement conditionnées à la réalisation d'innovations technologiques, et les subventions régionales fléchées vers des projets de recherche identifiés. Ces montants viennent en déduction des dépenses de personnel ou des dépenses de fonctionnement selon leur affectation contractuelle.

Les aides à exclure de la déduction regroupent l'ensemble des dispositifs à l'embauche listés par le rescrit. Les aides à l'alternance et à la professionnalisation ne réduisent pas l'assiette CIR. Les exonérations et aides liées aux contrats aidés pour demandeurs d'emploi restent sans impact sur le calcul du crédit d'impôt. Les aides spécifiques à l'emploi de travailleurs handicapés n'affectent pas la base déclarative. Les dispositifs territoriaux génériques liés à l'implantation dans des zones prioritaires demeurent également exclus du calcul.

La documentation à conserver pour justifier ce traitement différencié revêt une importance critique lors des contrôles fiscaux. Pour chaque aide publique perçue, l'entreprise doit archiver la convention ou l'arrêté d'attribution précisant la nature juridique du dispositif et son objet. Elle conserve les pièces justificatives établissant l'absence de conditionnalité recherche pour les aides génériques à l'embauche. Cette documentation permet de répondre aux demandes de justification de l'administration fiscale et de sécuriser le traitement déclaratif appliqué.

Le rescrit du 23 janvier 2025 constitue une doctrine opposable qui protège les entreprises en cas de contrôle. Une entreprise qui applique strictement les principes du rescrit en excluant les aides à l'embauche de la déduction dispose d'une sécurité juridique totale face à l'administration fiscale. Le vérificateur ne peut remettre en cause cette approche puisqu'elle découle directement d'une prise de position administrative formelle et publiée.

Synthèse et implications pour le calcul du CIR

Le rescrit du 23 janvier 2025 adopte une position favorable aux entreprises innovantes en clarifiant que les aides à l'embauche ne réduisent pas l'assiette du crédit d'impôt recherche. Cette clarification met fin à une zone grise qui conduisait certaines entreprises à déduire par prudence l'ensemble des aides publiques perçues, diminuant ainsi leur avantage fiscal. Les entreprises qui emploient des alternants, des personnes en contrat aidé ou des travailleurs handicapés sur leurs projets de R&D peuvent désormais valoriser pleinement les dépenses de personnel correspondantes sans déduction des aides génériques à l'embauche.

Cette sécurisation juridique produit un impact financier direct sur le montant du crédit d'impôt obtenu. Les entreprises qui déduisaient auparavant ces aides peuvent réviser leur stratégie déclarative pour les exercices futurs et augmenter leur assiette CIR. Celles qui excluaient déjà ces aides obtiennent une confirmation formelle de leur pratique, éliminant tout risque contentieux lors des contrôles fiscaux. La distinction claire entre aides déductibles conditionnées à la recherche et aides exclues poursuivant d'autres objectifs simplifie considérablement la gestion déclarative et réduit l'incertitude fiscale.

Plus largement, ce rescrit s'inscrit dans une logique de cumul des dispositifs de soutien à l'innovation. Les entreprises peuvent désormais combiner sans restriction les aides à l'embauche avec le crédit d'impôt recherche, maximisant ainsi le soutien public à leurs projets de R&D. Cette approche favorable se retrouve également dans l'articulation du CIR avec le statut de jeune entreprise innovante, qui permet de cumuler exonérations sociales et avantage fiscal recherche. Les entreprises innovantes gagnent à construire une stratégie globale de financement combinant CIR, aides à l'embauche, subventions régionales et dispositifs européens, chaque mécanisme conservant son efficacité propre sans dilution par des déductions croisées.

Pour aller plus loin : BOI-RES-BIC-000153

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